De l’importance de la gestion de trésorerie pour l’entreprise

shutterstock_65621980Valéry CORNU
Consultant en finance
Intervenant EFE sur les formations « Maîtriser les bases de la gestion de trésorerie » et « Construire un reporting financier efficace »

Rédaction Analyses Experts : Pourquoi la Gestion de la Trésorerie doit-elle prendre une place plus importante au sein de l’Entreprise ?

Valéry Cornu : Un chiffre : 25 % des défaillances d’entreprises sont liées à de problèmes trésorerie selon le rapport annuel 2012 de l’observatoire des délais de paiement.

Toute entreprise fait face à trois enjeux majeurs, dans sa politique financière :

Le risque de rentabilité, rendant compte de sa capacité à créer du résultat de manière récurrente ;

Le risque de solvabilité, rendant compte de sa capacité à faire face à ses engagements longs terme ;

Le risque de liquidité, rendant compte de sa capacité à honorer ses engagements au quotidien.

Si les deux premiers risques sont correctement pilotés et suivis par les Directions Financières, le suivi du risque de liquidité a fait l’objet d’une prise de conscience récente. Les entreprises ont commencé à mettre ou à développer des outils de suivis spécifiques mais je pense qu’il reste une marge de progression pour arriver à un niveau de suivi optimal. L’actualité nous montre que des entreprises rentables, solvables et au carnet de commandes plein (Fagor, Groupe CIF,…) peuvent mis en grande difficulté suite à des problèmes de liquidité. Le cabinet d’étude Altarès estime quant à lui que 53 000 emplois directs sont menacés par une cessation de paiement ou une procédure de sauvegarde.

Le financement des entreprises en France est assuré, en grande masse et hors financement interentreprises, à 80 % par les banques et 20 % par les marchés financiers. Or il est clair que les nouvelles réglementations bancaires ont pour conséquence de réduire les financements bancaires et d’en renchérir le coût. De plus de nombreuses banques européennes connaissent des problèmes de liquidité expliquant en partie le fait que la même si la BCE met en œuvre une politique d’injection de liquidité dans le circuit économique la Banque Centrale connaissent des problèmes de transfert de cette politique dans l’économie réelle.

De ce fait il est important que l’ensemble des entreprises (ETI, PME et TPE), et non plus uniquement les plus importantes, mettent en place des tableaux de bord et des analyses permettant de comprendre la situation de trésorerie à une date t, tout en anticipant les évolutions de cette situation, car elles sont les plus sensibles à la raréfaction du crédit bancaire.

Rédaction Analyses Experts : À votre avis quelle place doit prendre la Trésorerie au sien de l’Entreprise ?

Valéry Cornu : Compte tenu des enjeux et du contexte que nous venons d’évoquer, il me paraît important que les Services / Départements Trésorerie montent en gamme, et élargissent (sous format collaboratif) leurs périmètres d’intervention. Cela passe par plusieurs axes :

  • Axe Formation des collaborateurs en charge de la trésorerie,
  • Axe Organisationnel au sein de la Direction Financières,
  • Axe Formation / Culture de la Trésorerie au sein de l’entreprise,
  • Axe Collaboration avec les différentes Direction de l’entreprise.

Axe Formation : Il me semble que la Trésorerie ne doit plus se cantonner à la gestion des flux bancaires mais doit se mettre en capacité d’analyser et de monitorer l’évolution de la position de trésorerie, de mettre en place de nouveau process conduisant à réduire les risques de l’entreprise sur ses flux financiers, de proposer de nouveaux produits financiers (placements & investissements), et gérer et sécuriser les flux financiers de l’entreprise. Ces fonctions peuvent nécessiter de nouvelles compétences. Il est important que les collaborateurs y soient sensibilisés et puissent avoir accès si besoin aux formations nécessaires.

Axe Organisationnel : Les trois grandes fonctions de la Direction Financière (Contrôle de Gestion, Comptabilité / Consolidation, Trésorerie) doivent travailler de manière étroite et coordonnée pour enrichir l’analyse et affiner le monitoring de la trésorerie. En effet ces départements disposent chacun d’informations complémentaires qui doivent être mutualisées. Il doit en découler une cohérence entre la politique financière et le plan stratégique qui sera le gage d’une réponse adaptée aux besoins de l’entreprise.

Axe Formation / Culture : Compte tenu du contexte économique et financier auquel sont confrontées les entreprises, les départements Trésorerie se doivent de sensibiliser l’ensemble des autres directions (ie DRH, Direction Commerciale, Direction des Opérations, Direction des Investissements) aux problématiques de trésorerie. En illustrant – sur la base de décisions types relevant de chacune de ces Directions les conséquences sur la situation financière / la trésorerie de l’entreprise, il sera possible à chaque collaborateur de mesurer l’impact de sa fonction sur la situation de trésorerie de l’entreprise.

Axe Collaboration : La sensibilisation aux problématiques de trésorerie doit logiquement amener les autres fonctions à impliquer la trésorerie en amont d’une prise de décision afin de solliciter leur avis sur le projet anticipé (i. e. la politique des délais de paiement est un élément clé de la politique commerciale mais dans le même temps c’est un crédit accordé par l’entreprise qui impacte sa situation financière).

Rédaction Analyses Experts : Comment à votre avis sensibiliser efficacement l’ensemble des collaborateurs à ces problématiques ?

Valéry Cornu : La DRH en collaboration avec la Direction Financière peuvent fortement sensibiliser l’ensemble des collaborateurs ; notamment au travers de la politique de rémunération et l’épargne salariale :

  • Politique de rémunération : la mise en place d’une politique de rémunération variable intégrant pour partie une indexation sur des indicateurs liés à la trésorerie définis en relation avec chaque fonction est un acte fort permettant de mobiliser les actions de tous
  • Politique d’Épargne Salariale : l’Épargne Salariale et en particulier à l’actionnariat salarié, sont une source d’apport de financement pour l’entreprise mais sont aussi un formidable outil de motivation et d’évolution de l’état d’esprit des salariés. De collaborateurs, ils deviennent acteurs de la vie de leur entreprise, et sont de facto plus sensibles aux challenges auxquels celle-ci est ou sera confrontée. Ils sont plus impliqués dans les transformations de l’entreprise et peuvent devenir force de proposition dans les évolutions. Cela nécessite par contre la mise en place d’une communication adaptée de la part de la Direction Financière et de la DRH. À ce titre il est possible de concilier deux impératifs majeurs des partenaires (la rentabilité et la sécurité de l’investissement pour les collaborateurs et le coût de la dette pour l’entreprise) grâce au développement des produits financiers hybrides.

Ces deux vecteurs permettent de changer rapidement et fortement la perception et l’implication des équipes. Dans le même temps ils permettent d’atteindre les objectifs fixés par la Direction, et d’apporter une source de financement complémentaire de la part de partenaires long terme et particulièrement attachés à la réussite du projet d’entreprise.

 

Laisser un commentaire