L’évolution de la finance en entreprise : le rôle des opérationnels

marc-debreeMarc DEBREE
Consultant en finance d’entreprise
Intervenant EFE sur les formations « Finance pour cadres dirigeants » du 19 au 21 avril 2017 et « Budgéter et financer un projet » des 15-16 juin 2017 à Paris

 

Rédaction Analyses Experts :  Depuis plusieurs années, la pression financière s’est déplacée vers les opérationnels en entreprise, est-ce toujours le cas ?

Marc DEBREE : Depuis quelques décennies effectivement, force est de constater la présence accrue de la finance dans le quotidien des entreprises. Au-delà des cycles managériaux, qu’ils soient commerciaux, mercatiques, techniques ou encore technologiques, la finance s’est faite plus prenante, tout d’abord répressive (par rapport aux résultats), puis de plus en plus préventive.

Là où un projet, il y a une trentaine d’années, était validé sur des aspects essentiellement stratégiques et opérationnels, il l’est aujourd’hui, en prenant obligatoirement en compte les aspects financiers.

Les causes de cette pression financière peuvent être variées.

Tout d’abord la crise économique qui sévit toujours, internationalement, avec des enjeux changeants. Ensuite la pression actionnariale qui désire souvent plus de rendement de l’entreprise par rapport aux capitaux investis. Ensuite, ne nous masquons pas les choses, les comportements souvent trop optimistes des opérationnels (quelle que soit leur catégorie) dans les budgets au vu de leur réalisation parfois décevante (en termes de revenus…).

Rédaction Analyses Experts :  Quels sont les besoins des opérationnels sur ce thème financier ?

Marc DEBREE : Ils sont multiples selon la position de l’opérationnel concerné. Citons les cas les plus fréquents.

1/ Le responsable de Business Unit.

C’est certainement le poste où la finance implique le plus l’opérationnel manager. Il doit avoir une connaissance et une maîtrise des revenus et des coûts directs de sa BU, mais aussi l’impact des coûts indirects et une parfaite connaissance de sa marge.

Dans ce cadre, il se doit de comprendre ce que va lui demander le contrôle de gestion, que ce soit en budget ou en contrôle. La connaissance de son compte d’exploitation (P&L) lui amènera un pilotage plus sensible et efficace de ses activités.

Il est évident que la facilité de l’opérationnel responsable d’une BU consiste à se reposer intégralement sur son contrôleur de gestion. C’est certainement une erreur car en dehors de la question de la compétence du contrôleur, comment peut-on apprécier un capitaine qui ne comprend rien aux outils de pilotage de son bateau ?

Cette dimension est encore plus grande pour un manager responsable de BU filialisée. J’ai rencontré plusieurs managers étant dans cette position. De fait, leur comportement est celui d’un gestionnaire d’entreprise, devant prendre en compte des aspects de rentabilité de l’activité mais aussi de trésorerie. On comprend pourquoi beaucoup sont assez désemparés face à cette dimension…

2/ Le chef de produit, de gamme ou de marché.

Le minimum demandé à cette catégorie d’opérationnel va se situer au niveau de la marge de sa ligne gérée.

Au minimum, la finance va lui demander la prévision et le pilotage de sa marge brute (c’est à dire le niveau de marge obtenu en déduisant aux revenus les coûts directs de son activité).

Au maximum, on lui demandera de gérer la marge finale (après investissements), ce que les anglo-saxons appellent souvent la « bottom line » …

On pourrait légitimement penser que cette demande est inutile, voire pesante et chronophage, mais encore une fois, ne pas gérer son activité fait que l’on se met sous la tutelle du contrôleur de gestion qui peut avoir des orientations ou des impératifs différents du business….

3/ Le chef de projet, quelle que soit la nature du projet.

La dimension financière en termes de gestion de projet est la plus récente dans la vie des entreprises. Elle diffère aussi de l’approche classique en termes de finance.

Si la dimension entrepreneur s’accompagne de la gestion financière, la dimension BU de la gestion opérationnelle, les projets sont gérés en mode Business plan, et plus particulièrement sous la terminologie de Business Case.

Dans cette dimension, les questions des financiers sont simples et facilement compréhensibles :

  • Combien coûte le projet ? combien rapporte-t-il ? et quand pense-t-on atteindre l’équilibre, dénommé couramment ROI (Return on investment).

Les principes financiers sont simples mais ce sont les calculs qui embarrassent les porteurs de projets.

Ils entendent de plus souvent un vocabulaire rempli d’acronymes techniques tels que VAN ou NPV, WACC ou actualisation, DCF, Pay Back, OFCF, ….

Rédaction Analyses Experts :  La formation est-elle un remède efficace face à cette incompréhension des opérationnels ?

Marc DEBREE : Pour être plus à l’aise et construire la passerelle avec le monde de la finance, la recette est simple :

  • démystifier le langage financier et les termes, français ou anglo-saxons,
  • comprendre les mécanismes financiers accompagnant les décisions,
  • comprendre les tâches des contrôleurs de gestion et des financiers,
  • être capable de communiquer sur des éléments financiers.

La solution la plus rapide et la plus simple pour arriver à un résultat permettant une montée en compétence et surtout en crédibilité vis à vis des financiers reste la formation.

A la fois par les fondamentaux, mais surtout par une approche pratique de mises en situation de gestion, de lancement de produits, de budgets de communication, de rachat de société, voire de création d’entreprise, d’implantation ou tout autre projet ou activité à gérer, la formation peut amener une réponse adaptée aux demandes exprimées.

En conclusion, occulter aujourd’hui les éléments financiers en tant qu’opérationnel veut dire un frein notoire à son évolution.

Même si les tendances actuelles de management vont vers une consolidation des différentes cultures (commerciale, technique, marketing, financière,RH…) un opérationnel, manager ou pas, se doit d’avoir des connaissances de base en finance, sans pour autant devenir un financier.

La formation est vraiment la réponse à ce besoin…

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