L’importance de l’analyse financière pour les entreprises

Contrat de location

Gian Paolo COSSU, Associé, AB CORP FINANCEGian Paolo Cossu
Associé – AB CORP FINANCE
Intervenant EFE sur les formations  « Pratiquer l’analyse financière niveau-1 » et « Pratiquer l’analyse financière niveau-2 »

La Rédaction Analyses Experts : L’analyse financière des entreprises est-elle réservée aux banques ?

Gian Paolo Cossu : Depuis une dizaine d’années, l’analyse financière tend de plus en plus à sortir du cercle restreint des banques et sociétés financières.  Elle s’élargit notamment à un public de non-financiers : acheteurs, commerciaux, responsables techniques. Certaines associations professionnelles d’acheteurs, par exemple, recommandent à leurs adhérents de se former à cette technique.

La raison est évidente : lorsqu’un acheteur choisit un fournisseur, son choix se base en premier lieu sur le rapport qualité-prix-technologie du produit recherché. Mais la pérennité du fournisseur devient une préoccupation primordiale, car il ne s’agit pas de changer de fournisseur tous les six mois.  Une fois identifiés les fournisseurs qui répondent aux critères « qualité-prix-technologie », l’analyse financière va permettre d’établir un classement fondé sur la solidité financière des entreprises, de manière à sélectionner les sociétés qui présentent tous les prérequis (y compris financiers) pour un partenariat durable.

De même, les directions commerciales ont compris que réaliser une analyse financière préalable des prospects permet de rendre plus efficace la démarche de prospection commerciale :  il serait en effet contre-productif de démarcher des futurs clients dont la situation financière risque de se traduire par des retards de paiements à répétition ou qui risquent d’être refusés par le factor en raison d’un risque élevé d’insolvabilité : dans ce cas il est préférable d’anticiper et l’analyse financière est, à cet égard, un bon outil qui concerne aussi les commerciaux.

La Rédaction Analyses Experts : Cette évolution a-t-elle un impact sur les techniques d’analyse financière ?

Gian Paolo Cossu : Cet élargissement des utilisateurs potentiels n’a pas vraiment eu d’impact sur les techniques d’analyse financière. L’analyse financière présente une large panoplie d’outils, et il est vrai que tous les utilisateurs n’ont pas forcément besoin de la totalité de ces outils. Par exemple, dans le cas d’une direction commerciale, ce qui importe est de comprendre quel est le risque de défaillance à court terme du client que l’on étudie. L’analyse financière portera donc davantage sur la liquidité et la solvabilité à court terme. En revanche, dans le cas d’un acheteur qui souhaite construire un partenariat à long terme avec un fournisseur, une analyse plus approfondie, impliquant l’ensemble des outils de l’analyse financière, sera nécessaire.

La Rédaction Analyses Experts : La dégradation de la situation économique a-t-elle modifié l’approche d’analyse des dossiers par les banques ?

Gian Paolo Cossu : Dans le cas de dossiers de financement d’une durée supérieure à 3 ans, les banques essayent de toujours mieux cerner les besoins de financement présents mais aussi futurs de l’entreprise ; l’objectif est de comprendre dans quelle mesure l’évolution future de la profitabilité d’une société et du secteur, et sa politique financière, sont compatibles avec ces besoins. L’analyse financière des dossiers de financements à moyen terme s’inscrit donc dans un cadre plus prospectif : de plus en plus souvent les banques demandent que soit fourni un business plan prévisionnel sur une période qui correspond à la durée du financement demandé. Elles vont en particulier approfondir l’analyse des flux, ce qui signifie qu’il est essentiel de fournir un tableau prévisionnel des flux de trésorerie. Par ailleurs, les contrats de financements comportent pratiquement systématiquement une clause qui oblige les emprunteurs à respecter des « covenants » (ratios financiers) pendant toute la durée du prêt. Ces ratios sont calculés sur la base des documents prévisionnels issus du business plan (bilan, compte de résultat, tableau de flux) préparé par l’entreprise. Cela implique deux choses pour les directions financières : de bien maîtriser les techniques de construction des business plans sur tableur, et d’anticiper suffisamment à l’avance les besoins de financement pour disposer du temps nécessaire à la préparation des dossiers (souvent plusieurs mois avant la date de signature du contrat de financement).

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